Psychanalyse ou comportementalisme

Il fut un temps, où seule la psychanalyse était proposée comme remède aux souffrances de l’âme. Quelques personnalités, mi-maitre mi-gourou, faisaient l’objet de spéculations, de fantasmes, de modes.

Les salons du XIXème siècle avait trouvé une porte de sortie, les prêtres n’avaient plus le monopole de la confession et de son secret, la psychanalyse venait de naitre et devenait ainsi le seul recours « aux confessions de l’âme », aux confidences.

Freud, Jung, Lacan devenaient des divinités pour certains, des charlatans pour d’autres, entre transfert et contre transfert, une nouvelle ère était née. Juste après la seconde guerre mondiale ont commencées des expériences sur les mécanismes cognitifs de l’homme en parallèle de ceux faits sur les animaux. Un grand nombre de tests a été effectué pour comprendre les pensées réflexes.

L’ère des comportementalistes était née. Les TCC, Thérapie Comportementales et Cognitives s’érigeaient en nouveauté face aux vieilles techniques psychanalytiques. Opposant ainsi des domaines bien différents à défaut de les considérer comme complémentaires.

Durant des décennies, psychanalystes et comportementalistes s’invectivaient, se critiquaient au travers de conférences, d’écrits. Les uns trouvant que les recherches dans l’enfance, dans les liens familiaux ne servaient à rien, les autres considérant que soigner un symptôme ne soignerait pas la cause mais en fabriquerait un nouveau, encore plus dangereux ou invalidant.

Aujourd’hui, si les esprits semblent plus calmes, entre techniques et écoles, il n’en demeure pas moins qu’il existe toujours une forme de mépris entre ces deux domaines.

 

Prenons le problème à l’endroit : un patient décrit une souffrance, c’est la raison de sa venue en consultation. A-t-il envie de connaitre les querelles de clochers ou souhaite-t-il se débarrasser de ce mal qui le ronge ? Il me semble que le professionnel doit se doter d’un maximum d’outils afin de lui proposer une solution qui lui convienne. Il ne s’agit pas d’être « la samaritaine » des méthodes, de tout connaitre, d’être un « hypno thérapeute, psychanalyste, spécialiste en TCC, certifié en EMDR, sophrologue » etc.

 

Quand bien même il serait possible d’apprendre toutes ces techniques, cela paraitrait indigeste à un patient qui ne pourrait que se demander pourquoi le professionnel utilise une méthode et pas l’autre.

Nous rentrons dans l’ère des casques de réalité virtuelle grâce auxquels il est possible d’immerger un patient dans sa phobie, de « prendre l’avion virtuellement à ses côtés » en mesurant sa peur sur une échelle de 0 à 100.

Afin de comprendre comment cette méthode moderne peut être utile aux patients mais également aux psychanalystes – et comment la psychanalyse peut être un prolongement de ces méthodes comportementalistes – il faut un exemple.

Il est aisé de définir à quel stade d’anxiété se trouve un patient qui se trouve dans l’incapacité de prendre l’avion. Le principe de base de l’utilisation de la réalité virtuelle est qu’il ne faut jamais laisser un patient monter en anxiété, la barre des 50% parait un stade raisonnable où il faut s’arrêter et se servir d’exercices comme l’imagerie mentale afin de ralentir l’augmentation de l’angoisse.

Il sera demandé au patient de se souvenir d’un moment heureux et de l’interroger sur son ressenti, ce qu’il a vu en détail. Une description étayée sera indispensable – les odeurs, le touché, l’ouïe etc. Le récit lié à ce souvenir pourra permettre à l’anxiété de baisser sur l’échelle de 0 à 100 lors de l’exercice lui-même. Si le chiffre avoisine les 15 ou 20, nous pourrons proposer au patient d’avancer sur un chemin qui est celui de la réussite.

Lors de la suite de l’exercice, la mise en situation se poursuit. Les réacteurs de l’avion se mettent en marche, nous continuons à appliquer la méthode de respiration qui manque souvent aux personnes souffrant de crises d’angoisse ou de panique. Le réflexe lié à l’angoisse est l’hypo ou l’hyper ventilation ; l’angoisse fait oublier que notre corps se réfugie dans ces deux travers. C’est donc le patient lui-même – sans en avoir conscience – qui déclenche ces sensations d’étouffement, de ne plus pouvoir respirer, de palpitations, d’agitation, d’idées de mort imminente, d’impression de devenir fou ou de commettre un acte irréparable. Le sujet anxieux n’arrive plus à réfléchir ni à rationaliser, seule l’idée du pire s’impose à lui.

Nous ne pouvons lui proposer qu’une alternative à la fois : respiration synchronisée, imagerie mentale, auto induction personnelle. Il s’agit pour le patient de choisir au préalable cinq phrases comme par exemple : « je dois réussir », « qui prétend que je n’y arriverais pas ? » etc.

Petit à petit, au travers du casque de réalité virtuelle ou sur le terrain, le patient va commencer à se désensibiliser très doucement. Il peut dès le lendemain, aller encore un peu plus loin dans la thérapie. Si un souvenir de sa petite enfance ressurgit, nous pourrons toujours élaborer ce souvenir de façon psychanalytique afin de trouver la cause du symptôme.

En ceci la psychanalyse et les nouvelles technologies comportementales peuvent être complémentaires. Ce qui importe c’est avant tout de prendre soin du patient dans sa souffrance, dans son évolution, dans son chemin de compréhension. Le professionnel doit avoir à l’esprit que seule le bien-être du patient doit prévaloir à toute querelle.

 

Il est important de pouvoir faire cohabiter deux méthodes qui, même si elles diffèrent, sont néanmoins au service des patients.

 

Rodolphe Oppenheimer